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La science pour faire avancer l’humanité ?

01 Déc
Un Nobel de chimie trop solitaire ?

Shechtman  Depuis l’attribution du prix Nobel de chimie 2011 à Dan Shechtman pour la découverte des quasi cristaux, les courriels plus ou moins virulents s’échangent dans la communauté scientifique.

En particulier en France où plusieurs chercheurs considèrent que le comité Nobel a fait un choix contestable. Non pas en décernant son prix à Dan Shechtman (photo, Technion – Israel Institute of Technology) , mais en n’utilisant pas la possibilité de le partager en trois.

Les deux autres lauréats, estiment-ils auraient dû se nommer John Cahn et Denis Gratias. Un Américain et un Français, tous deux co-signataires avec Shechtman et Blech du «papier fondateur» de 1984, expliquent Cyrille Barreteau, physicien au Commissariat à l’Energie Atomique et Elin Sondergard, physicienne directrice de l’Unité Mixte CNRS/Saint-Gobain, dans une tribune que je publie ci-dessous.

Leur argument central consiste à défendre l’apport respectif des trois chercheurs dans la construction non seulement de la découverte initiale mais aussi de son interprétation physique. Puis de l’ouverture d’un champ nouveau à la science. Ils défendent ainsi une conception plus large de l’acte de découverte, au delà de la surprise expérimentale, dans ce cas celle d’un pavage de cristaux non périodiques, en rupture avec la théorie en vigueur à l’époque qui ne connait de cristaux que périodiques, répétitifs à l’infini. D’où leur appellation de « quasi-cristaux », car ils ne se répètent pas à l’infini, comme le pavage d’un jeu de dames. Ce qui a contraint Shechtmann à un dur combat pour convaincre de la réalité de ce qu’il voyait dans son microscope électronique au National Institute of Standards and Technology (NIST) des Etats-Unis où il travaillait à l’époque.

Le cas de Denis Gratias, du Cnrs, attire bien entendu l’attention, car cela aurait fait coup double avec le Nobel de médecine de Jules Hoffmann. Il est membre de l’Académie des sciences, directeur de recherche au Cnrs, dans le laboratoire mixte Cnrs/Onera. L’Onera a d’ailleurs présenté Denis Gratias comme «très concerné par le Nobel de chimie». Une manière très polie de dire les choses…

L’histoire de l’article fondateur est la suivante : Shechtman, après son observation surprenante et contestée dans son groupe, se tourne vers son ancien directeur de thèse, Ilan Blech, au Technion en Israël. Ils écrivent ensemble un article pour Journal of Applied Physics… qui le leur retourne avec un commentaire disant en substance « votre truc est trop étrange, prouvez-le mieux ».

Cahn, Shechtman, Blech, Gratias Shechtmann et Blech font alors appel à Cahn et Gratias pour les renforcer. Gratias démontre en particulier que leur observation est reproductible – un succès décisif en science expérimentale – dans son laboratoire avec ses propres instruments. Ils écrivent donc un nouvel article à quatre mains qu’ils envoient à Physical Review Letters qui le publie. Cette histoire prouve que l’argument des deux chercheurs est bon… mais soulève un lièvre : pourquoi Cahn et Gratias et pas Blech ? (photo, les quatre chercheurs, en 1995 à Avignon, Cnrs Pierre Grumberg, Gratias est le dernier à droite).

Il y a des arguments qui pourraient justifier un tel choix, mais comme le Comité Nobel – qui connait cette histoire car elle est racontée dans le dossier publié avec le prix – peut partager en trois mais pas en quatre, cela pourrait expliquer sa décision par le refus de choisir celui des trois qui ne l’aurait pas. Le plus curieux de l’affaire serait – d’après une confidence d’un chercheur que je ne peux vérifier – que Denis Gratias est d’une modestie exemplaire et avait suggéré il y a quelques années au comité Nobel de choisir les trois autres et de l’exclure lui… Elle peut aussi se justifier par la décision de ne retenir de cette histoire que le moment initial, de la découverte expérimentale, sans considération pour le travail d’interprétation qui a suivi. Elle montre aussi qu’un comité de lecture d’un journal très sérieux peut refuser de publier un article… qui vaut le Nobel !

Les oubliés du Nobel de chimie 2011 ou l’histoire d’un « quasi » prix Nobel pour la France.

Cette année le comité Nobel a décidé d’attribuer le prix Nobel de chimie à Daniel Shechtman (Technion, Israël) pour la découverte des quasicristaux. Cette découverte fut une véritable révolution notamment dans le domaine de la science des matériaux qui a d’ailleurs mis du temps avant de l’accepter. Elle a ouvert un nouveau champ de recherche et donné naissance à une communauté scientifique très active tant du point de vue expérimental que théorique.

L’annonce de ce prix Nobel couronnant un travail qui a brisé un des paradigmes fondateurs de la cristallographie était attendue depuis longtemps par la communauté scientifique. Le Lauréat Daniel Shechtman mérite sans conteste ce prix, il a su persévérer et continuer à croire en ses expériences paradoxales de diffraction (électronique et rayons X). Cependant deux signataires du papier fondateur de 1984 [1], à savoir John Cahn (NIST, Etats Unis) et Denis Gratias (CNRS, France) ont également apporté une contribution essentielle. Or celle-ci est à peine mentionnée dans le communiqué de la commission du Nobel alors que ces deux théoriciens ont joué un rôle non seulement dans l’interprétation des expériences initiales mais aussi par la suite en faisant émerger un nouveau domaine très fécond, jetant des ponts entre les disciplines (physique, chimie, mathématiques, géométrie, et même artistique [2].)

Le prix Nobel qui récompense des avancées majeures de la connaissance scientifique a également un impact important dans la société civile. L’attribution (ou non) d’un prix Nobel n’est donc pas anodine et a des conséquences au delà de la seule sphère scientifique. Il est certes difficile de retracer l’origine d’une rupture scientifique et l’épopée des Nobel comporte plusieurs exemples célèbres de scientifiques oubliés.

Le choix de la commission du Nobel de ne récompenser que le découvreur initial des quasicristaux en négligeant l’apport de l’interprétation théorique pour faire émerger un nouveau paradigme propose une vision très restreinte de la conception d’avancée scientifique. La plupart des scientifiques reconnaissent qu’une découverte résulte d’une heureuse rencontre entre plusieurs compétences et domaines. Un des enjeux majeurs de la science aujourd’hui est justement de faire émerger des nouveaux champs à l’interface entre diverses disciplines. La commission du Nobel a cette année décidé d’appliquer une définition limitée de la notion de découverte. Nous espérons que la communauté scientifique notamment française (qui a été très active dans le domaine des quasi cristaux) saura rendre un hommage appuyé à ces oubliés du Nobel.

Cyrille Barreteau, physicien au Commissariat à l’Energie Atomique.

Elin Sondergard, physicienne directrice de l’Unité Mixte CNRS/Saint-Gobain.

commentaire:

Les sciences sont souvent présenter comme ayant pour but de recherché la vérité dans le but d’éclairé l’humanité toutefois  aussi intelligent et bien intentionné soit ces scientifiques ils n’en demeurent pas moins des hommes et les ambitions personnelles prennent souvent le dessus, le lien avec la politique est établi dans la mesure ou les politiques se présente comme étant aux service du peuple alors que la réalité veut qu’ils ne servent d’abord qu’eux même dans la majeur parti d’entre-eux .

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Publié par le décembre 1, 2011 dans Uncategorized

 

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